Dimanche dernier, le 15 mars 2020, la France a organisé le premier tour des élections municipales, après avoir annoncé une fermeture des écoles puis des restaurants et commerces non essentiels. La participation à ce scrutin s’établit à 44,64 %, en chute de 20 points par rapport à 2014, date des précédentes élections municipales (voir une très belle carte du Monde ici, assez illustrative de la situation)

Ce rapide billet ne s’attardera pas sur la question de savoir s’il fallait ou non organiser ces élections (le second tour est, lui, reporté à plus tard) ; nous cherchons ici à identifier quels sont les facteurs explicatifs de la baisse de participation aux municipales, et si ces facteurs peuvent avoir favorisé un ou plusieurs partis politiques.

Un sondage “jour de vote” réalisé par IFOP *[modifié : je parlais dans la version initiale par erreur d’un sondage IPSOS ; celui-ci est consultable ici, et qui donne d’autres résultats encore, avec une plus forte participation à droite qu’à gauche sur l’échiquier politique]* (consultable ici) montrait une importance du paramètre Covid-19 sur les raisons de ne pas aller voter (plus de 50% des sondés n’ayant pas voté jugeant que c’était une des raisons déterminantes), mais aussi une disparité entre les différentes familles politiques, avec une plus forte abstention chez les électeurs d’EELV (60 %) et une plus faible abstention chez les partisans d’En Marche (37 %).

Une analyse fine des résultats, bureau de vote par bureau, permet d’identifier les bureaux de vote pour lesquels l’évolution de l’abstention a été la plus forte entre 2014 et 2020 (on se limite au même scrutin des municipales), et, une fois ces bureaux de vote identifiés, analyser les résultats politiques obtenus au premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Comme toujours, les données sont sur data.gouv.fr (ici pour les municipales 2020), merci à eux !

Le graphique ci-après résume les résultats obtenus :

On constate que les résultats ne sont pas les mêmes que ceux du sondage du jour du vote. Il semblerait que le vote Macron ou Le Pen, au premier tour en 2017, soit un bon indicateur d’une plus forte abstention aux municipales 2020. Cela ne veut cependant pas dire que les électeurs ayant choisi ces deux candidats sont plus sensibles au risques liées au Covid-19 ; peut-être est-ce plutôt lié à une séquence politique qui, pour les municipales 2020, n’était pas favorable à En Marche par exemple, même en l’absence de pandémie.

*Méthodologie : les données relatives aux premiers tours des élections municipales de 2014 et 2020 ainsi que celles de la présidentielle 2017 sont agrégées au niveau du bureau de vote (on exclut ici les bureaux de vote ayant disparu, ayant fusionné ou ayant été créés). On calcule ensuite sur les un peu plus de 60 000 bureaux restants un différentiel de participation entre 2014 et 2020, qu’on régresse sur le taux parmi les votants pour chacun des candidats au premier tour de la présidentielle 2017.*